La consommation d’oeuvre sur internet a souvent un carractère collectif : on échange des contenus, on commente, on juge, on attire l’attention…
Est-ce que les technologies de streaming modifient ces pratiques ? Si oui, comment ?
(Question posée par Cécile Méadel, expert-pilote du lab usages en ligne, le 29/03/2011)



On ne comprend pas très bien où vous voulez en venir… La consommation d’une œuvre, ça veut dire quoi ? Un caractère collectif à quel niveau ? Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? Vous avez une idée précise en tête ou sont-ce des choses qu’on vous a raconté ?
Votre question est incompréhensible pour moi, je ne vois pas du tout ce à quoi vous faites allusion. Mais je vais quand même faire une réponse parce que sinon on s’en sortira pas.
Vous voulez comparer le streaming à quelle autre technologie ? Le P2P ? Les newsgroups ? L’échange par mail ? Par messagerie instantanée ?
Je pense que vous cherchez à parler du P2P. Qu’est-ce qui vous fait penser qu’on y “échange des contenus, on commente, on juge, on attire l’attention” ? Vous avez déjà utilisé une technologie P2P ?
Vous confondez P2P et les réseaux sociaux. Il n’y a pas de fonction de “commentaire”, d’”évaluation” ou d’”attirance d’attention” qui soit liée à une technologie. Je “consomme” une œuvre, et ensuite j’en parle autour de moi. Sur mon blog, sur Twitter, sur Facebook, etc. Cette dimension ne dépend en aucun cas de la technologie de streaming ou P2P ou autre. D’ailleurs en général lorsque l’on parle d’une œuvre, on laisse les gens choisir par eux-mêmes leur moyen de “consommer” l’œuvre préféré, téléchargement, youtube, deezer, etc.
Merci d’avoir pris le temps de répondre à une question de toute évidence mal formulée !
Un des axes de travail du lab Usages vise à réfléchir à ce qu’on a appelé les usages collectifs du P2P. Avec l’idée qu’il ne s’agit pas de pratiques exclusivement individuelles et solitaires; il y a dans ces pratiques aussi ce que les sociologues appellent de la fabrication de collectif. Parfois ce collectif se fait dans l’outil. Par exemple, dans les systèmes d’échange de musique, il y a des petites indications sur les appréciations (le nombre de gens qui ont le morceau, qui le téléchargent…) qui font que l’utilisateur voit bien qu’il fait partie d’un ensemble. C’est encore assez pauvre comme échanges. Parfois aussi le collectif se fait dans l’utilisation simultanée de différents outils. Que vous citez vous-mêmes: twitter, facebook, le mail par lesquel on envoie à ses proches des adresses ou des commentaires, et autres.
Ces techno sont évidemment disponibles en streaming comme dans d’autres techniques de P2P, mais qu’en est-il dans les pratiques? Est-ce que le streaming change quelque chose (parce qu’il prendrait de la bande passante, du temps disponible, parce qu’il impliquerait des choix différents, des types de consommation différents…)?
Est-ce aberrant? Ou y a-t-il selon vous des choses à explorer?
Problème de compréhension et de mélange des bulles, on dirait. Arrêtez-moi si je me trompe.
Cécile, le streaming n’est pas en soi une technique de P2P, sauf à considérer que le serveur depuis lequel on extrait le flux est un peer et que donc on parle de peer à peer. Il est possible de faire du streaming en P2P mais c’est encore peu développé.
Pour recaler la discussion, je penses qu’il faut considérer que
* P2P = téléchargement d’une oeuvre *puis* consultation
* streaming = consultation d’une oeuvre sans téléchargement préalable.
Techniquement c’est un non-sens puisqu’il y a toujours téléchargement, mais dans l’esprit des non technophiles (et le tien), c’est ça l’idée.
En lisant la conversation, je me dis que la complexité du vocabulaire rajoute au problème et même peut-être fait partie du problème.
Quand je parle de P2P, pour moi (mais aussi je crois dans les travaux de SHS sur le domaine), c’est le modèle client-serveur généralisé, où chaque acteur peut à la fois “donner” et “recevoir”, avec une architecture centralisée ou non centralisée. Donc rien n’empêche le streaming d’être considéré comme du P2P.
Mais je vois bien que pour vous, je rate quelque chose… mais quoi?
LE streaming en place aujourd’hui est tout sauf du p2p. On est sur une architecture centralisé ou un serveur émet vers tous les clients. Par conter le contenu est géré par les clients eux même.
Le streaming par p2p est technologiquement possible ne changerait pas grand chose à la possibilité de collaboration entre utilisateurs, mais n’est pas en place aujourd’hui.
Pour ce qui semble vous intéresser, à savoir l’ajout par les utilisateur d’informations collaboratives, je ne suis pas sûr que cela fasse une grande différence, si ce n’est qu’une technique de streaming en p2p permet a un tiers de facilement identifier les machines partageant un contenu, et de se fait réduit le pseudonymat isolant les participant à un système collaboratif. A mon avis cette visibilité empêcherait le développement de systèmes collaboratif pour des contenus distribués sans accord des ayants droits.
Sans vouloir quadricapillosectionner, le serveur depuis lequel tu stream, tout central soit-il, est un peer du quel tu extrait du contenu comme n’importe quel autre.
Question de sémantique .. que comprends le 2e “P” dans P2P
Je ne suis pas sûre de comprendre l’argument sur la centralisation; il existe des échanges P2P avec centralisation partielle. Le “pur” P2P avec égalité parfaite de tous les points n’est que la configuration extrême, non?
@cécile : clairement non. Le P2P signifie que tous les acteurs uploadent et downloadent du contenu (du moins ils en ont tous la possibilité). la différence ne se situe que dans la BP, et encore.
”
il existe des échanges P2P avec centralisation partielle.
”
Pas à ma connaissance, soit tu parles des webseeds qui sont un concept très récent qui fait un mélange entre P2P et DDL (direct download), soit tu considères que le moteur de recherche de torrents par exemple est un point central, mais c’est faux, il existe moults serveurs et n’importe qui est libre d’en créer un.
La différence entre un système centralise et un système p2p vient de la ratel alite des échanges et a une forte conséquence sur la tolérance du système a la suppression ( légale par exemple) d acteurs du réseau.
Dans un système centralise on est face a une cardinalite 1-n ou assimilable (peu-beaucoup) une suppression des serveurs anihile le système. Ce qui explique que dans de tels systèmes de distribution, les serveurs et sociétés pourvoyeuses du service se placent dans des havres juridiques.
Dans un système p2p, on est dans une cardinalice many-to-many. Il s agit de topologies auto , résistant d’une part a la suppression d’acteur, mais plus généralement a nombre d attaQues.
Petit retour sur du streaming, histoire de mettre la pompe en route. La webcam a beau exister depuis plus de dix ans, la retransmission live (en vidéo et/ou audio) d’évènements est quelque chose de relativement récent sur le net, surtout à grande échelle (lire “avec plusieurs dizaine / centaine de gens de l’autre coté)
L’interaction sociale est très forte puisqu’à peu de choses près, les gens derrière leur écran suivent en temps réel ce qui se passe et, si l’évènement le prévoit, peuvent interagir avec les protagonistes sur place.
J’en ai dernièrement fait l’expérience lors de l’assemblée générale d’une association. 70 personnes étaient présentent sur place et une quarantaine à distance ont posé des questions qui ont été traitées et débattues dans la salle.
C’est un peu éloigné de tout ce qui est “consommation” culturelle, mais c’est un exemple qui montre bien que l’instantanéité du streaming modifie réellement les rapports sociaux.
Merci pour votre engagement à une heure si tardive
Bon, je vais essayer de reformuler tout ça, parce qu’on essaye de communiquer à des niveaux différents. Je n’avais pas saisi l’aspect “socio” de la chose.
Donc on va dire que le streaming c’est Youtube, ok ? Pour moi il y a deux aspects là. Le fait que ce soit en streaming certes, mais surtout le fait que ce soit centralisé.
Le streaming, c’est aussi l’analogue à la discussion par webcam. C’est donc pas une techno récente, elle s’est juste développée grâce à l’augmentation de la bande passante.
Bon, Youtube c’est cool pour partager une musique avec ses potes d’une certaine façon. Disons que c’est rapide mais pas durable. Au contraire, l’échange par mail ou par transfert de quelque manière que ce soit, c’est plus compliqué, mais plus durable.
En gros, pour un clip de Justin Bieber, Youtube c’est cool, ça se partage vite et tout. Pour une vidéo des violences en Syrie, c’est pas le top. Il y a quelque chose de profondément futile dans certains comportements de partage, qui fait que l’éthique passe au second plan, et qu’on regarde Youtube dans l’instantané.
Donc en gros oui, le streaming et le transfert de fichier c’est très différent en pratique (pour le novice encore une fois, comme le dit Bruno, parce qu’au final, quand on télécharge une vidéo, on peut aussi commencer à la visionner instantanément si on a les outils adéquats). La viralité est plus forte (au sens rapide) pour le streaming.
Maintenant pour parler plus technique, la dimension “je passe du temps pour extraire cette vidéo du site de france 2 pour la mettre à disposition de façon pérenne” est à mon avis beaucoup plus gratifiante que “je partage un lien vers le site de france 2, ça me prend 10 secondes mais dans une semaine on voit plus la vidéo…”
En complément de ce qu’a dit Romain et pour ajouter un point qui me parait important vous parlez à un moment du nombre de gens qui ont le morceau, du nombre qui le téléchargent. En première lecture cela me fait immédiatement penser au ratio sources/client d’un fichier proposé en p2p et dans un second temps les appréciations que portes les gens sur les fichiers mis à disposition.
Ces chiffres peuvent être interprétés de plusieurs façons d’une part cela montre la popularité de l’œuvre mise à disposition souvent relayé par un classement ( cette cote de popularité prends souvent en compte le ratio, ainsi que le nombre de téléchargements complétés). Les notes elles sont principalement la pour guider les futurs demandeurs en leurs évitant de choisir une œuvre de mauvaise qualité, ne correspondant pas à la description, etc… La finalité de cette démarche est d’aider les autres personnes.
D’un point de vu plus technique ce chiffre de ratio indique principalement la disponibilité du fichier. Plus le chiffre sera élevé plus la vitesse de récupération du fichier sera rapide pour le demandeur et moins les sources auront à émettre de données(fonctionnalité intéressante mais ici hors propos). De plus la nombre de sources représente la pérennité de l’œuvre, tant qu’au moins une source existe l’œuvre sera disponible même si ce n’est plus la source initiale.
Le choix entre streaming et p2p est parfois purement technique, afin de profiter du streaming une connexion haut-débit est nécessaire et si l’on souhaite profiter une nouvelle fois de l’œuvre il faudra la retéléchargée. Ceci n’est certes que peu dérangeants car la quasi-totalité de la population à accès a l’ADSL de manière illimité mais pour les personnes possédant encore une ligne bas-débit ou une connexion limité en données. Le p2p sera plus intéressant.
On est au cœur de la question posée: qu’est-ce que c’est qu’un comportemnet futile versus un comportement éthique? ce n’est pas une question de pure forme. Il y a la composante “partage”: c’est plus éthique de partager que d’être un pur opportuniste. Mais pas seulement, non?
A mon humble avis ce qui différencie un comportement éthique d’un comportement futile est précisément le contenu partagé. Notre société utilisant dorénavant des outils informatiques et donc numériques, le souci de sauvegarde et de pérennité du contenu deviens un enjeu important.
Il est facile de se souvenir du quotidien des égyptiens car leur histoire est gravée dans la roche et écris sur du papyrus. Déjà ici nous arrivons à une différence sur le nombre d’informations arrivées jusqu’à notre époque sur leurs supports originels.
Par contre en cas de destruction du support toute les informations sont perdues, ainsi une quantité extraordinaire d’informations ont par exemple été perdues dans l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie. De simples copies de toutes ces œuvres les auraient protégées et permis de les transmettre dans le temps.
Aujourd’hui plus rien n’est inscrit dans des supports aussi viables, et si l’on veut pouvoir ne serait-ce que dans 50ans étudier des événements comme ceux qui se déroulent en ce moment il est nécessaire de les partager afin de réduire au maximum les risques d’accidents qu’offre un stockage centralisé (Bibliothèque par exemple).
Ainsi partagé une vidéo d’un chat sautant dans une boite est plus futile que le partage d’une vidéo montrant la situation actuelle en Libye. Le partage permet donc de préserver notre culture dans le temps.
Au début du P2P, tous les utilisateurs laissaient visible leurs fichiers partagés, et partageaient assez longtemps les oeuvres qu’ils avaient téléchargé.
Cela rendait facile la recherche de ressources par communauté d’intérêts: il suffisait de voir les fichiers partagés par les gens, soit qui vous uploader, soit qui downloadaient depuis vous pour trouver leurs centres d’intérêt et les fichiers qu’ils avaient leur correspondant.
C’était l’époque où la question de la légalité du partage sans autorisation n’avait pas encore émergé, ou du moins où elle n’avait pas encore atteint les tribunaux aux états unis.
Avec la judiciarisation du p2p, et en France avec le retournement de la jurisprudence de Montpellier, la majeure partie des utilisateurs de p2p masquent leurs partages et arrêtent de partager un fichier dès qu’il est téléchargé complètement; cette pratique a disparue.
Similairement, dès que la légalité d’un partage est limite, et plus encore si l’illégalité est flagrante, les fonction sociales sur les systèmes de partage d’oeuvres, qu’ils soient basés sur le p2p, ou sur le streaming, sont inexistantes ou presque. La sociabilité peut se batir en dehors du système de partage, car moins lié et non moins facilement utilisable par les systèmes de répression.
Un exemple souligne ce point: les site de partage de torrents: la légalité de ce systèmes est encore en débat, les ils propose des fonctions sociales qui marchotent.
Sur les plateformes marchandes de streaming, là où la légalité est plus claire, et où une inégalité serait imputable au site et non à l’utilisateur, ces fonctions peuvent persister et se développer, mais avec a ce jour peu de succès me semble-t’il, ces systèmes étant accès, tant de la part des utilisateurs que des sites, sur l’acte d’achat, les sites préférant les annonceurs aux suggestion fournies par d’autres utilisateurs.
J’aimerais ajouter quelque chose, qui ne me vient que maintenant. Il se trouve que les endroits en ligne où se développent les plus forts sentiments d’appartenance n’ont que faire de la technologie. Que ce soit sur les image boards à la 4chan, les digg-like, reddit et compagnie, le principal est de partager le contenu (il se trouve que dans les cas cités le contenu est souvent de l’image, donc la notion de streaming n’y a pas de sens)
Mais si on parle de plate-forme axée sur le partage de contenus “streamables”, sur des sites comme torrent411 ou les warez boards Wawa-mania/planet lolo/downparadise, les fichiers sont indifféremments disponibles en stream, en direct download ou bien en P2P, mais le principe fédérateur du forum reste identique. Cet esprit a une forte coloration communautaire, au point que l’attachement de certains membres à leur board passe pour du sectarisme.
Dans un genre totalement différent des sites cités par Romain il y a pour ma part une autre catégorie de site ou le sentiment d’appartenir à une communauté est très élevé, c’est dans les différents projet de recherche décentralisé.
En effet dans le projet World Community Grid il y a par exemple un système d’équipe/clan qui met en concurrence les participants pour rapporter le plus de points (les points correspondants à des résultats de calculs renvoyés). Les participants se rassemblent tous dans le but d’aider le genre humain, mais en plus de ça faire que son groupe devienne le groupe ayant le plus contribué à un projet est très gratifiant pour ses membres.
Encore une fois, la technologie est loin d’être l’aspect fédérateur du projet.